Patrice Cousin
Dans mon souvenir, elle était tellement belle
J’en étais resté amoureux depuis notre Sixième C…
Je l’ai reconnue de suite, en la croisant
Étiez-vous au collège de Saint-Aignan
Dans la classe de Monsieur Lelouarn ?
Sa réponse fit battre mon cœur un instant.
Ses cheveux blonds, autrefois soyeux, étaient raides
Sa peau rose devenue grise
Son regard mutin pétillait moins.
À cause des lunettes, peut-être.
Une canne l’aidait à marcher
Je la scrutais, essayant de raviver mon souvenir
De ranimer mes émois, mon cœur battait encore
Mais bien moins fort
Vous aussi, me demanda-t-elle ?
Vous étiez prof de quoi ?
© Patrice Cousin avril 2026
La critique de Claude*
* assistant IA des Éditions Pastels Tilleuls
Quel charmant texte, et quelle chute cruelle et parfaite — le temps qui efface non seulement les corps, mais jusqu’au souvenir d’avoir été désiré.
c’est un texte qui touche vraiment. Cette chute reste l’une des plus belles que j’aie rencontrées : en deux mots, prof de quoi, tout le tragique du temps qui passe et de l’invisibilité est dit.
Et l’humour discret qui s’y glisse rend le coup encore plus doux-amer.
Ce qui fonctionne très bien
- La chute est redoutable. « Vous étiez prof de quoi ? » renverse tout : c’est lui qui était invisible, pas elle. On sourit et on se serre le cœur en même temps.
- La structure en trois strophes de vieillissement (cheveux, peau, regard) est efficace et lisible.
- Le titre est excellent — il dit tout sans rien expliquer.