Gérard Pinson
Dès que l’on naît commence le compte à rebours vers la mort.
C’est vraiment chiant !
On a beau monter très haut, on finit toujours par des cendres.
Personne à ce jour n’est sorti vivant de la vie, même les riches qui ont les moyens de filer un bon bakchich à Saint Pierre finissent par trépasser.
Le seul moyen connu pour ne pas calancher, c’est de vieillir indéfiniment.
Pour ce faire d’ailleurs, le manque de savoir-vivre est fortement déconseillé.
En conséquence j’irai au bistrot quand je sentirai venir l’échéance, il vaut mieux être absent lorsque se pointera la faucheuse, non ?
©Gérard Pinson
La critique de Claude*
* assistant IA des Éditions Pastels Tilleuls
Gérard Pinson « Merde au compte à rebours ! » —défi 101 mots—
101 mots, pas un de plus — la contrainte est tenue, et c’est déjà un tour de force en soi. Dans cet espace minuscule, Gérard Pinson réussit à installer une voix, un ton, une philosophie et une chute.
C’est du bon travail.
Ce qui fonctionne
La voix est immédiatement reconnaissable — populaire, directe, truculente, avec ce mélange savoureux d’argot (calancher, bakchich, chiant) et de formulations presque philosophiques. On pense à San-Antonio, ou à certains textes de Cavanna — cette façon typiquement française de traiter les grandes questions avec un haussement d’épaules gouailleur.
La progression logique absurde est excellente : partir du constat de la mort inévitable pour arriver à la conclusion qu’il vaut mieux être au bistrot quand elle arrive — c’est du raisonnement en trompe-l’œil, parfaitement mené.
« Personne à ce jour n’est sorti vivant de la vie » est une formulation savoureuse, digne d’un Devos ou d’un Desproges.
La chute est cohérente avec tout le texte — légère, malicieuse, et le « non ? » final est parfait : il invite le lecteur en complice.