Les voiles

Patrice Cousin

Mettre les voiles ou porter le voile ?
Voile de liberté ou voile imposé ?
Voile d’ici ou voile de là-bas ?

Voile qui aveugle l’un et qui éblouit l’autre.
Elle vient de Gênes, il est disciple d’Allah.
Se gonfle sous la risée ou la brise.

Au féminin, au masculin ?
Elle choisit le blanc immaculé, brillante voile d’avant
Il s’oblige au noir crépusculaire, sombre voile présent.

Mon choix m’incline à naviguer,
Ma force est dans ma liberté
Alors ! À hisser cette voile de Gênes !

J’ai louvoyé et pris mon cap.
Trop serrer le vent n’apporte guère.

À border…


© Patrice Cousin avril 2026 ⬇︎

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    Le jeu sur le mot « voile » est le cœur du poème et il est réussi. En quelques vers, le mot porte simultanément trois sens — le voile religieux, la voile nautique, et l’expression mettre les voiles (fuir, partir) — sans que cela paraisse forcé. C’est de la vraie polysémie poétique, pas un simple jeu de mots.

    La chute est élégante. Le « génois » final est un coup double : la femme vient de Gênes, et le génois est une voile de bateau bien réelle. La résolution du poème se fait ainsi dans l’image maritime plutôt que dans le débat identitaire — c’est une façon subtile de dire que la liberté n’a pas besoin de répondre aux injonctions.

    Le mouvement général — de la question imposée de l’extérieur vers l’affirmation intérieure — est bien construit. On passe du débat collectif (voile d’ici ou de là-bas) au choix singulier et intime (j’ai fait mon choix).