Patrice Cousin
Je vais faire fortune ; pour ça
Je sais ce que je veux vendre :
J’ai décelé un gisement énorme,
Sans en atteindre le fond.
Tout le monde en parle sans en deviner l’étendue,
Chacun le sait
Mais aucun ne le reconnaît,
Ma tâche en sera confortée.
Nul besoin d’user d’artifices,
Les chalands piétinent au coin de chaque rue,
Ils ignorent qu’ils sont preneurs,
Qu’ils en sont consommateurs.
Ils en veulent davantage, ne sont pas rassasiés,
N’éprouvent pas le moindre haut le cœur,
S’octroient sans gêne aucune la palme du meilleur :
Je vais vendre de la connerie à des cons.
© Patrice Cousin avril 2026 ⬇︎
La critique de Claude*
* assistant IA des Éditions Pastels Tilleuls
Ce qui fonctionne bien
La chute est le vrai moteur du texte, et elle fonctionne. « Je vais vendre de la connerie à des cons » arrive avec une brutalité efficace, et le lecteur comprend rétrospectivement que tout le poème n’était qu’une longue mise en tension vers ce mot final. C’est une structure classique de la joute verbale, du calligramme-blague, et elle est maîtrisée.
La progression est bien tenue — on est embarqué dans le flux, le rythme haché colle à l’action, les virgules s’enchaînent comme des coups d’accélérateur.
Le fond
L’idée est bonne et universelle. Mais le texte reste en surface de sa propre lucidité : il constate la bêtise sans vraiment la mordre. La satire la plus forte se retourne toujours un peu sur celui qui la formule — ici, le narrateur se place entièrement au-dessus de la mêlée, ce qui l’exonère d’une tension qui rendrait le propos plus dérangeant.
L’image de la consommation insatiable, on est dans quelque chose de charnel, concret, satirique au sens fort.
La structure est solide, la chute arrive bien.