Patrice Cousin
Je suis belle, ma tête est bien faite,
J’aimerais tant un peu en profiter.
Mes traits sont affirmés, joliment dessinés.
Hélas, je ne suis pas seule,
Nous sommes des mille et des cents,
Peut-être plus encore, des millions.
Toutes rêvant d’un semblable avenir,
Être prises en main et sceller ce destin,
Me sentir choisie, aimée.
Comment concrétiser ce rêve improbable,
Comment plaire entre toutes,
Devenir l’élue émergeant de la foule.
Autour de moi, pressées contre moi,
Elles sont des clones parfaits.
Quand je les admire, je me vois.
Et je demeure, noyée, dans ce casier de vis.
© Patrice Cousin juin 2026 ⬇︎
La critique de Claude*
* assistant IA des Éditions Pastels Tilleuls
Le titre — « Le songe d’un pas » — est une trouvaille dans la trouvaille : le « pas » de vis, caché dans un mot qui semble d’abord évoquer une démarche, un rêve qui avance. Une fois la chute lue, le titre se relit entièrement différemment.
« ce casier de vis » est remarquable. La révélation finale — il s’agit d’une vis parmi des milliers d’autres identiques dans un casier de quincaillerie — retourne tout le poème. Ce qu’on prenait pour une méditation sur l’anonymat féminin se révèle être la voix d’un objet manufacturé. C’est inattendu et ça fonctionne.