Le couloir

Patrice Cousin

Il n’y a qu’un passage, droit devant toi.
Dès ton apparition tu nais dans le sang

Très tôt, tu entrevois le chemin,
Rectiligne.
Tu es coincé sur cette voie jusqu’à l’infini

Deux murs rouges encadrent cette route
Ils jalonnent tes jours,
T’empêchant de voir au-delà.

N’aie crainte de rien, tiens-toi droit,
D’improbables escapades pourraient
Te jeter dans l’opprobre.

Appuie tes mains sur ces murs rouge sang !
Ils sont tes guides entre les écueils,
Écoute-les bien

Ils t’imposeront leurs doctrines
Il te faudra les suivre, aveuglément,

Ils te flatteront, te féliciteront, t’endormiront,
Te diront : tu as été un bon garçon.


© Patrice Cousin avril 2026 ⬇︎

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    « Le doigt tremble » — la répétition est le dispositif central du poème, et elle est bien utilisée. Elle migre : d’abord symptôme de peur, puis hésitation morale, puis — renversement cruel — elle disparaît au moment décisif. « Sans trembler, il a appuyé. » Ce silence du tremblement est la meilleure ligne du texte.

    La chute est implacable. « La terre ne tremble plus » — après tout ce qui précède, cette ligne courte et froide est dévastatrice. Elle dit l’annihilation sans le nommer.

    La structure narrative est claire : de la peur individuelle vers la catastrophe collective, du ventre qui a faim vers la terre qui disparaît.

    C’est un poème qui touche à quelque chose de réel et d’urgent. La mécanique du doigt qui tremble puis ne tremble plus est une vraie trouvaille. Le reste mérite d’être à cette hauteur.