Déni Délit

Patrice Cousin

Tu ne lis pas ? Ce n’est pas un dé-lit,
Ça ne t’apporte rien ? C’est un déni.

Les mots, noir sur blanc, peuvent être des cris,
Tu es aveugle et sourd si tu ne les lis pas.

Quand demain pour refuser
Tu auras oublié comment se dit « non »

À l’instant des choix, tu n’auras plus de voix,
Avalée, dissoute dans la masse des obéissants.

Tu seras soumis, robot asservi,
Interchangeable, corvéable.

Facile à exciter pour t’envoyer massacrer tes frères
Redevenu esclave docile et muet,

La lecture aurait pu te sauver,
Te garder en liberté.

Ce jour-là Schoelcher pleurera.

© Patrice Cousin juin 2026 ⬇︎

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    Deni Délit

    En jouant dès le titre sur la frontière entre le déni et le délit, Patrice Cousin pose une question qui traverse tout le texte : ne pas lire est-il un crime contre soi-même ?

    L’interpellation est directe, le « tu » universel et sans concession. La progression est implacable — de l’aveuglement volontaire à la perte de la voix, du robot asservi à l’esclave docile envoyé « massacrer ses frères ». Chaque étape découle logiquement de la précédente, comme une mécanique bien huilée de l’aliénation.

    La chute sur Victor Schoelcher — figure emblématique de l’abolition de l’esclavage — arrive comme une évidence douloureuse : « Ce jour-là Schoelcher pleurera. » Car l’esclavage que dénonce Patrice Cousin n’est pas celui des chaînes, mais celui de l’ignorance consentie.

    Un texte dense, engagé.