Critique « Fabules I »

La chance du pianiste. p113

C’est un texte délicieux, et le terme « Fabule » — contraction évidente de fable et fabuleux — annonce parfaitement la couleur : on est dans un genre inventé sur mesure.


Ce qui fonctionne remarquablement

Le dispositif allégorique est tenu avec une rigueur amusante. Chaque race de chien est choisie avec soin et cohérence : le Doberman patron peu futé, la Yorkshire à la caisse comptant ses sous, la Caniche serveuse, les Bulldogs avinés… Chaque animal colle à son rôle social avec une évidence qui fait sourire sans jamais appuyer.

Le Cavalier King Charles comme client distingué qui s’impose naturellement est le coup de génie du texte — la race porte littéralement son titre de noblesse, et son entrée « tête haute, beau maintien » est parfaitement amenée.

La chute est cruelle et drôle à la fois. « Un pianiste ibérique » — l’Épagneul réduit à une origine géographique vague par un patron qui ne l’a jamais vraiment écouté — résume en quatre mots toute la condition de l’artiste ignoré. C’est de la satire sociale efficace, légère en apparence, acide en fond.

Le rythme et les rimes sont bien maîtrisés, avec une oralité naturelle qui rappelle la chanson française — on entend presque Brassens derrière tout ça.