Au lait

Patrice Cousin

Passant ne détourne pas ton regard,
Refoule tes mauvais sentiments,

Ce n’est qu’un poupon
Il ne demande qu’à grandir.

Il boit avec ardeur ce lait maternel
Dont tu oublies le goût et les vertus.

Celui qui t’a manqué possiblement,
Lorsque tu n’étais qu’un enfant.

Maman, ne cache pas ce téton gonflé
Par où perle ton lait, c’est l’heure du goûter.

Allaite ton bébé sans besoin de te dissimuler
Montre naturellement, noblement, ta réserve nourricière.

Lui ne voit qu’un sein qui va l’égarer
Ignore la lubricité de ce refoulé.

Incapable de se maitriser
Craignant de s’exciter,

Il prétend que tu te voiles.

© Patrice Cousin juin 2026 ⬇︎

    Donnez une note, puis "envoyer"

    retour liste des textes publiés

    Au lait — Patrice Cousin

    Avec une franchise désarmante et une tendresse sincère, Patrice Cousin prend la défense de ces mères qui allaitent en public et subissent encore trop souvent regards réprobateurs et injonctions à se cacher.

    Le texte interpelle directement le passant mal à l’aise, le renvoyant à sa propre enfance et à ce lait maternel dont il a lui aussi bénéficié. La mère est invitée à allaiter « naturellement, noblement » — deux adverbes qui résument à eux seuls la dignité revendiquée.

    La progression est implacable : du regard gêné à la lubricité refoulée, jusqu’à l’ordre d’oppression final — « Il prétends que tu te voiles » — qui donne au texte sa dimension politique et universelle.

    Une défense courageuse et bien menée d’une liberté qui ne devrait pas avoir à se défendre.