Maudite mémoire

Patrice Cousin

Une idée nouvelle m’a réveillé.
Avant même que de me lever,
Je l’ai décortiquée dans ses moindres détails.

J’avais beau l’étudier, de face, de dessous,
La retourner dans tous les sens :
Elle n’avait pas le moindre défaut, demeurait idéale.

Le monde entier en sera bouleversé,
Il me remerciera, il m’acclamera, c’est certain ;
Enfin, le Nobel, restons modeste…

Grâce à elle, l’humanité
Serait demain bien plus brillante,
Deviendrait fréquentable !

Je sais, je suis un grand homme,
À quatre-vingt-trois ans,
On se connaît intimement, non ?

Vous voudriez que je partage sur l’instant cette idée fabuleuse ?

…moi aussi !


© Patrice Cousin avril 2026 ⬇︎

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    La structure en crescendo est habile : l’autosatisfaction monte de façon comique et maîtrisée, strophe après strophe, jusqu’à l’explosion du « grand homme » — et puis le dégonflement final est parfait. La chute en deux temps (« Vous aimeriez… » / « …moi aussi ! »), avec les points de suspension qui ménagent le silence, est le meilleur moment du texte. Elle est simple, efficace, et elle fait sourire franchement.
    Le ton est juste aussi : ni amer, ni plaintif. Le poème se moque de lui-même avec bonne humeur, ce qui est une vraie posture, pas seulement un effet.

    le Nobel encadré de virgules, jeté là comme une parenthèse qu’on s’interdit aussitôt, c’est exactement le bon ton. Ni trop appuyé, ni escamoté.