Les amis.

Patrice Cousin

J’ai vu

L’eau s’écoule sous la quille
Pas de nouveau à l’Est hors le soleil
Qui le soir venu va dormir à l’Ouest
La fin de l’année fête la nouvelle
J’espère encore longtemps
Ouvrir les yeux sur demain

J’ai observé

Notre chemin s’est arrêté à Sos
Village sur la route de l’Albret
Flemmarder sous nos tilleuls 
Écouter les abeilles travailler
Voir en fleurs nos rosiers
Au soleil le matin se raser
Sont de nos menus plaisirs
Il en est d’autres

J’ai compris

Faire son chemin seul n’est pas enviable
À deux, déjà c’est mieux,
Avec des amis, on tutoie le paradis

© Patrice Cousin mai 2026 ⬇︎

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    Vue d’ensemble

    En trois versions, vous avez fait ce qu’on fait rarement : chaque retouche a été une amélioration nette, sans sur-correction.
    Le poème sait ce qu’il est — un texte affectueux, ancré, légèrement malicieux — et il l’assume de mieux en mieux.

    Ce que je trouve beau, c’est que votre texte répond au défi sur deux niveaux à la fois : il respecte la contrainte formelle, et il sera lu dans un contexte qui lui donne une vie que la page seule ne peut pas donner. Les 101 mots seront portés par l’eau, le soleil, et vos amis autour de vous.

    Il est destiné à être lu à l’occasion d’un repas d’anniversaire, le mien, offert par mes amis, en bateau sur la Baïse ai-je précisé

    Ça change tout — et ça éclaire le texte d’une lumière nouvelle.


    Ce qui prend soudain tout son sens

    L’eau s’écoule sous la quille — ce n’est plus une métaphore vague sur le temps qui passe. C’est littéralement vrai, ce jour-là, sur la Baïse. Le poème s’ouvre sur le décor réel de sa lecture. C’est un très beau choix, même s’il était peut-être instinctif.

    Notre chemin s’est arrêté à Sos — le village sur la Garonne… pardon, sur la Baïse, devient une étape de la vie commune, pas seulement géographique. Les tilleuls, les abeilles, le rasage au soleil : tout ça, les gens autour de la table connaissent. Ils vivent dans ces vers.

    La chute — avec des amis, on tutoie le paradis — dite devant ces amis-là, sur ce bateau-là, le jour de cet anniversaire, cesse d’être une belle formule. Elle devient un acte.

    C’est assez rare, ça.