un soir au restaurant


Amuse-gueule : le chorizo banane
JL Le Breton

Tout repas bien mené commence par les yeux.
Avant de s’adonner au plaisir des papilles
Je salive à l’idée de mets délicieux
Qui flattent le regard, dilatent les pupilles.

Mais voilà que soudain une main délicate
Pose dessus la table une mini bouchée
Si petite qu’elle me semble bien ingrate.
« C’est un amuse-gueule ! » Me voilà rassuré.

— Expliquez-moi pourtant de quoi est fait ceci…
Rouge et blanc à la fois… sa couleur est diaphane.
— Monsieur est connaisseur. Voilà de l’inédit.
Ce que vous voyez est un « chorizo banane ».

Notre chef n’aime rien tant qu’expérimenter
Il marie les saveurs et mélange les goûts.
— Mais cette bouchée-là, l’a-t-il lui-même goûtée ?
— Ah non. Il se repose entièrement sur vous !

Je manque m’étrangler. La chose est-elle mangeable ?
Mélanger l’Ibérique au fruit du bananier…
— Ne soyez pas inquiet, ça semble délectable !
J’hésite et ne sais point si je vais l’avaler

Car gober ce machin relève du clystère
Que l’on m’introduirait par le mauvais côté
J’espérais une entrée on dirait un dessert.
Ce chef chercherait-il à m’empapaouter ?