La part des anges

Mon rapport à l’alcool est question d’affection,
Fuir devant lui serait comportement bien lâche,
Juré ! Je n’en abuse qu’avec modération
Mais ma fidélité s’applique sans relâche.


« C’est le verre de trop » ne font que rabâcher
Les gens attentionnés. Mais comment être sûr
Avant de l’avoir bu ? Je ne peux pas trancher
Cet intime dilemme sans une déchirure.
L’ivresse me libère et je me sens poète,
Une ambiance ouatée revigore ma prose,
Les embruns éthérés me transforment en esthète,
Je fais couler l’absinthe entre mes lèvres roses.
Je bois pour oublier ma femme et ses amants,
Pour ne plus voir ma gueule qui est souvent de bois,
J’imbibe ma carcasse de breuvages infamants
Et je trinque à l’enfer auquel je voue mon foie.
Je bois jusqu’à la lie aux plaisirs illusoires
Tout en levant le verre à ma fuite en avant,
Au manque de courage que renvoie mon miroir,
Aux excuses bidon que je brandis souvent.
Mes chagrins ont appris à nager dans l’alcool,
Ils ont su faire honneur à mes savants mélanges
Et lorsque je saisis le flacon par le col,
Pas question de snober la part laissée aux anges.